#5 DÉVERSER MON ÂME


Le départ est proche.
Je l’attendais.
Depuis tout ce temps.
Serait-ce l’heure du bilan ?

Retranchée dans mon lit. Recroquevillée sur moi même. Déversant toutes les larmes de mon corps. Vidant mon âme de son être. Malheureuse comme jamais.
Pourtant consciente que la lumière était proche. Peut-être même transparente. Mais qu’elle ne s’approcherait pas de moi tant que je broierais du noir.
Nous étions aux prémices de janvier.
Le soleil se frayait un chemin par la lucarne. Me réchauffait le visage mais n’arrivait jamais jusqu’à mon cœur.
Tout le monde se souhaitait la bonne année. Et je restais profondément ancrée dans le passé.
Les fêtes n’en avaient pas été. Pas l’ombre d’un moment de joie. D’un éclat de rire. Et là, après avoir fait le bilan de l’année écoulée, je m’étais jurée que les prochaines ne seraient pas vaines ni oubliées comme les précédentes l’avaient été.

J’ai usé de tous les stratagèmes pour ranimer cette petite flamme qui m’habitait.
Reconquérir ce feu presque mourant..
J’ai recouru à des réconforts peu banaux. Des croyances qui ne sont pas les miennes.
J’ai bu les paroles divines de cette femme. Comme si celles ci pouvaient me sauver de tout ce mal.
La force est en moi, me répétais je. Le matin. L’après midi. Et le soir.
Mon esprit cartésien autorisait la présence de doutes et cherchait des solutions au travers des normes astrales. Je riais intérieurement. Me moquais de moi même. Croire à ce que j’estime des balivernes. Comment pouvais je l’espace d’un court instant me laisser porter par ce qui n’était pas tangible. Visible.

On cherche des réponses dans l’impossible quand tout semble perdu. Mais la vérité finit toujours par frapper. Venue de nulle part. Sans crier gare.
Je ne pouvais sans cesse relire le dernier chapitre de ma vie. Je devais entamer le prochain. Un pied devant l’autre. Laisser faire les choses. Transformer ce trop plein d’amour en quelque chose de nouveau. Créer un équilibre qui me fasse danser sans pour autant me faire vaciller.

Retrouver cette pugnacité envolée. Cette liberté. Cet instinct primitif que rien ne peut nous dévorer.
Ce mordant pour la vie.
Et petit à petit, je dansais sur les quais. Je retrouvais le plaisir des choses simples. Des petits bonheurs du quotidien. J’observais les foules. Analysais leurs faits et gestes. Traquais les détails insignifiants et leur donnais de l’importance.

J’ai fait le vide autour de moi. J’ai abandonné l’idée de courir après le vent pour ne finalement jamais réussir à l’attraper. J’ai décidée de laisser venir. Laisser faire les choses. J’ai ouvert grands les bras. Prête à accueillir tous les possibles. Ceux qui se présentent comme par enchantement. Toutes les opportunités. Toutes les rencontres.

J’ai joui de cette liberté.
De Narcisse.
De mon moi retrouvé.
J’ai ouvert mon coeur à l’inconnu. À cet inconnu.

Je disais oui à la vie. Je ne refusais rien. Je m’ouvrais à d’autres horizons. Une année si forte en émotions. Quelles qu’elles étaient, je devais les vivre. Les croquer. Les accepter.
Janvier côtoyait les négatives et les instinctives. Février accueillait les éphémères. Mars se laissait charmer par les inattendues. Avril jouait avec les polyvalentes. Mai installait les sereines. Tandis que juin flirtait avec les indécentes. Il y a eu les déçues en juillet et les frivoles en août. Les épuisées côtoyant les délurées en septembre. Pendant qu’octobre jouissait des incroyables. Des extraordinaires. Et novembre des montagnes russes. Et bien évidemment des passionnées tout au long de l’année.

Deux rencontres décisives.
Un homme.
Une femme.
Ils ne sont ni l’un ni l’autre, enfin je pense, conscients de l’impact qu’ils ont eu dans ma vie.
Un jour peut-être leur expliquerais-je.

Mais tout au long. Avec lui. Avec elle. Avec eux. J’ai roulé sur des territoires inexplorés.
J’ai partagé des moments divins. Des confessions aux secrets lointains.
J’ai aimé au premier regard.
J’ai lu des récits qui aujourd’hui, encore, résonnent au plus profond de moi. J’ai créé et réalisé des rêves. J’ai osé l’humour débridé. J’ai froissé les papiers lisses. Je me suis tue. J’ai été au-delà de ma vertu.
J’ai fait des silences dans les conversations, mon feu sacré.
J’ai tout osé. Je n’ai rien délaissé.
J’ai parsemé des bribes de mon âme aux bienveillants, au bienveillant.
J’ai entouré la paume de ses mains avec les miennes.
J’ai réconforté les affamés.
J’ai bu ses paroles.
J’ai souris aux passants comme je ne l’avais jamais fait auparavant.
Et bien plus encore. Ainsi de suite.

Enfin, j’ai laissé entrouverte la porte pour que peut-être le dernier rêve made in 2015 se réalise en 2016. Rêve initié au printemps. Saboté en été. Réanimé en automne.
Des mots coincés au fond de ma gorge en ce premier d’un mois d’hiver. Encore quatre jours pour oser le grand saut.

Je dresse ainsi le bilan de l’année. Un 1er décembre. Va t’on comprendre.
Année que j’estime m’avoir le plus chamboulée. Changée. Bousculée.
Elle m’a vue sombrer. Et renaître en très peu de temps.
Je n’aurais pourtant jamais pensé flancher de la sorte. Et surtout pas, montrer mes faiblesses à qui s’aventure par ici.
Je bacle un peu ces mots. Trop impatiente d’entamer un nouveau chapitre.

2015 a mis sur mon chemin une ou deux âmes que je garderai précieusement près de moi en 2016.
Enfin, si elles le veulent bien.

D’ici là, prenez soin de vous.

  • 12/01/2015
  • 9
Caroline Weiler
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