ÉBAUCHES D’UN ÉTÉ


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Un été d’écriture. Avec des notes à la main. Certaines réelles. D’autres virtuelles. Quelques mails ébauchés, peaufinés, achevés mais jamais envoyés. En suspens. Peut-être un jour.

Écrire pour exister. Écrire pour extérioriser. Écrire pour garder une trace du passé. Écrire pour sourire lors de souvenirs. Ecrire pour partager.

L’odeur de barbecue sur tes cheveux, ton t-shirt. Les amis. La vie. La tête dans les étoiles avec ce joli quart de lune. Le cœur plein plein plein. Un dimanche soir sur la planète.

Prendre le large. La poudre d’escampette. Sourire tellement fort qu’on inspire le bonheur aux autres d’un coup de baguette magique. Improviser des pas de danse sur les quais. Écrire un peu plus à cette correspondance singulière. 80 pages finalement imprimées répondant au doux nom de « relation épistolaire, relation éphémère ».

Partir voir la mer le jour d’une rencontre singulière. Vouloir que le temps s’arrête. Vivre l’ordinaire dans l’extraordinaire et laisser son instinct parler et ne jamais regretter.
Parcourir des petits sentiers le long des dunes. Se poser là. Hors du temps. Face à la mer. Pour un pique-nique improvisé. Faire la sieste au soleil bien accompagnés. Prendre des couleurs. Se réveiller un peu perdus. Retrouver ses repères. Grimper la colline. Pour reprendre la route. Et se dire que la vie est bien douce.

Respirer l’iode. Le bon air de la mer. Sentir le sel sur ma peau. Regarder l’horizon. Avoir la tête vide et ne plus penser à rien. Juste profiter des rafales de vent qui fouettent nos visages

Laisser en suspens la réalité. Vivre intensément dès le petit-déjeuner. S’arrêter un instant, respirer à pleins poumons et constater encore une fois que le bonheur indécent est bien là, accroché comme un arapède à son rocher.

Veille de Fête nationale. Des verres qui trinquent. Un agréable happy hour. Le marathon de la bière sévit dans la capitale. On grimpe sur une bicyclette trop petite. Je pédale. Elle me chatouille, me pince et me fait sursauter depuis le porte-bagage. Elle nous quitte demain. J’en profite encore un peu. Une dernière fois. Clink clink retentit à l’infini cette sonnette au milieu de tout ce monde. Laissez passer. On rit. On s’émerveille devant la foire. Le bal populaire bat son plein sur la place la plus authentique de la belle Bruxelles. Le croiser lui dès l’arrivée. Se confier à des inconnus. Faire connaissance. Tenter de me rappeler d’où je le connais. S’enivrer pour se laisser complètement dériver. Retrouver, par hasard, au milieu de la foule, ceux que nous n’avions même pas essayé de chercher et continuer ensemble cette si belle soirée. Danser n’importe comment. Se sentir léger en chantant. Sautiller comme une enfant en les apercevant. Serrer fort fort fort cet ami qui a chaque fois me donne le câlin dont j’ai besoin. Faire des plans diaboliques. Discuter. Charmer. Rire beaucoup trop fort. Et le croiser encore. 3h du matin. Crier pour lâcher prise. Se dire qu’on dormira quand on sera mort. Profiter encore un peu d’une douce nuit d’été. Enjamber sa bicyclette. Se tromper de sens. Tous les chemins mènent à mon lit. Et encore à lui. L’univers veut sûrement me narguer. Des petits yeux pleins de souvenirs. Et se dire que c’est con toutes ces barrières qu’on se met dans la vie. Un lundi soir sur la planète.

Je rêve de bleu de bleu de bleu. De partir vers le Sud. Prendre la route entre amis, entre amants. Faire la rencontre de nouvelles âmes au gré du vent. De grandes tablées au petit-déjeuner. De baguettes grillées saupoudrées de Nesquick et de grands cafés fumants. De plonger dans un lagon bleu de grand matin. D’une piscine, d’amis et d’anecdotes de vie. De journées de marche, plus haut, toujours plus haut. De marchés matinaux. D’abricots. De cerises. De terrines de marcassin. De barbecues spontanés avec les rencontres fortuites au village du coin. D’apéros sans fin sous les étoiles. De nuits passées dehors. De sommeil profond dans une chambre noire. De maison au milieu de nulle part. D’être bercée par le murmure des sapins, par les rires des copains. Je rêve de légèreté, de spontanéité et de profiter de ce bel été.

Les beaux jours d’été sont bien installés. On passe de belles journées dans cette maison, perdue dans les collines. Le soleil s’incline doucement. Cela sent la fin d’une belle journée. Les volets sont encore fermés pour conserver un peu plus de fraicheur derrière les grosses pierres encore chaudes. On coupe de belles rondelles de saucisson et quelques cubes de fromages pour l’apéritif. On débouche la petite bouteille de blanc tout juste sortie du frigidaire. Une jolie tablée est dressée à l’ombre des pins. Les amis sont rassemblés. Les anecdotes fusent. Les verres se choquent. Les rires s’envolent vers le ciel.Plus tard dans la soirée, la peau dorée, encore fiévreuse d’une journée passée sous la canicule, dégage une douce odeur estivale indescriptible. Les jambes sont nues. Dévoilées aux yeux de tous. Un seul bout de coton protège notre petit corps moite. Au fil des heures, la soirée passe. Le vent se lève. Les feuilles des arbres se mettent à danser. La brise est légère. Les poils des bras s’hérissent. On profite de ce souffle frais et régulier. On hésite, l’espace d’un instant, à se lever pour saisir ce chandail encore bien rangé dans la valise. On persiste à trainer un peu plus dans nos habits d’été. Quelques frissons nous parcourent le corps. La limite est atteinte. On enfile son gros pull. On se love dans cette petite laine, ce vêtement confortable et réconfortant. La peau et nos muscles crispés par ce semblant de froid se détendent. Ce pull-over vient nous réchauffer le corps tout entier tandis que le vent s’engouffre encore sous la table, et glisse sur nos jambes dévêtues. Porter un gros pull avec un short les soirs d’été.

Les premiers rayons de soleil caressent mon visage. Le ciel est bleu bleu bleu. La journée s’annonce douce et divine. S’étirer comme un chat. Se laisser glisser vers la cuisine et prendre le temps. Le temps de ne rien faire. Siroter son jus d’orange pressé sur l’herbe encore humide par la rosée matinale. Écouter les moineaux. S’allonger. Observer. Profiter. D’un dimanche d’été. Partir avec The Fall en live dans les oreilles. Trainer son corps sous la chaleur. Un après-midi électronique à s’enivrer. De tout. De rien. Des gens qui nous entourent. Penser à lui l’espace d’un instant en croisant l’autre. Rire. Sourire devant tous ces petits plaisirs. La musique. Le temps suspendu. Le rythme dans la peau. Projeter l’évasion. L’écouter parler de sa prochaine fuite. Tout quitter. Tout lâcher. Des plans sur la comète pour les uns. Une réalité pour les autres. La retrouver elle, des papillons dans le ventre, des étoiles pleins les yeux. Et elle, cette toute nouvelle maman épanouie. Faire la connaissance avec sa petite merveille de la nature. Photographier la foule. L’instantané. Le léger. Pour après, s’éloigner. Prendre la route. Regarder défiler la belle Bruxelles sous mes yeux. Et rêver. Se poser là. Particulièrement bien entourée. Et respirer à pleins poumons pour la énième fois devant ce bouquet final. Devant toute la beauté du monde. Avec du vin. Des amis. Des transats. Une musique chill des années 30. Des rencontres. Des confessions. Et réaliser que ces moments-là sont sacrés. Des petites perles d’été. Qu’on aime tout simplement partager.

Les recevoir dans mon chez moi. Se fixer des objectifs sportifs pour la rentrée. Parler avenir. Parler passé. Parler projets. Parler Amour. Parler tout court.

Planifier sur un coup de tête une soirée en bordure de mer pour lui changer les idées. Le croiser. Encore. Cet été dédié au chassé croisé. Sans vraiment chasser. Plutôt croiser.

Faire de si jolies rencontres. Comme si toutes ces personnes se présentant sur mon chemin étaient plus belles les unes que les autres. Saisir cette chance. S’ouvrir un peu plus. Laisser de côté toute forme de timidité. De doutes. De méfiance.

Partager de manière spontanée quelques verres sur une terrasse un après-midi farniente. Retrouver ce naturel, ces sourires, ces résonances, cette légèreté. Se surprendre à en vouloir plus encore.

Profiter du petit balcon et des derniers rayons pour refaire le monde. Rattraper les années. Ragoter.

Dévorer une petite centaine de pages de bonheur. Ce livre que j’attendais depuis la première fois qu’il l’avait évoqué. Ces petits plaisirs de la vie. Ces bonheurs du quotidien.
Ne lire que des livres qui font écho. Qui résonnent.

Sur le départ. Les paysages défilent sous un soleil qui s’incline. Le train file et ce sentiment de bien être qui ne m’a plus quitté est toujours bien installé. Toute petite dans ce No Man’s Land. J’ai l’impression d’avoir 4 ans et d’être à Disneyland en découvrant le nouveau terminal. Les vacanciers aoûtiens prennent la poudre d’escampette pour le Quinze. Où s’échappent-ils ? Où s’évadent-t-ils ? Un jeune homme, muni d’une rose d’un rouge vif, embrasse passionnément celle qu’il n’a pas dû voir pendant un certain temps. Une petite fille tire sa valise Hello Kitty pendant que sa mère essaie tant bien que mal de lui refaire sa queue de cheval. Une vacancière à la tenue légère fait tomber ses affaires personnelles en remontant sa bretelle sur son épaule dénudée. Les peaux des uns sont dorées. Celles des autres brûlées. Des corps moites déambulent le long de ces couloirs interminables pour rejoindre peut être des destinations exotiques. Papiers, laptop, liquide ? Tout semble si bien rodé. Aucune place pour la spontanéité.
J’ai tellement de souvenirs dans ces allées. Des humeurs déséquilibrées. Beaucoup de joie. Un peu de peine. Souvent pour voyager. Quelques fois pour fuir la réalité.
Mais aujourd’hui, l’été du bonheur indécent, le cœur léger, la bouche en cœur, le visage parsemé de tâches de rousseur, ce No Man’s Land est ma maison. Juste pour une courte transition. Afin de rejoindre encore plus de gaieté, plus d’amitié et toujours plus de petits plaisirs légers. Holà Barcelona !

Se réveiller en sursaut, sous les coups de canon. Ce bruit sourd et lourd annonçant les réjouissances du quartier. Réaliser que la révolution catalane n’est pas en marche. Que Gràcia est en fête. L’orage qui gronde annonce une journée moite et pesante. Le corps encore engourdi, peu prêt à émerger de son lit. Poser ses yeux à moitié endormis sur des pages, sur la maintenance d’une motocyclette, sur les fantômes de nos souvenirs, sur la beauté des choses. Pendant qu’il presse les oranges du matin, j’abandonne sa garçonnière sous les toits à la recherche d’un encas. Je vague sur le petit trottoir, je divague. Je croise cet homme claudiquant sous le poids des années. Buenos dias, dos croissants por favor ! en baragouinant à la boulangère les quelques mots d’espagnols qui voltigent dans ma mémoire. Je communique avec les mains. Je souris à ce matin, à cette ville familière, toujours apprivoisée. Je porte ce sachet de croissants encore tièdes et me faufile dans la ruelle, si calme, si paisible. Le ciel est bas, le ciel est triste. Je n’avais jamais vu Barcelone sous la grisaille.
Je rêve d’une pluie diluvienne sur ces tuiles brûlantes. Une tempête estivale rafraîchissant l’air ambiant. On finit par s’échapper. Déambuler. Se traîner. J’observe ses habitudes. Quelques sous pour un El Pais qu’il tiendra sous le bras avant de filer prendre son train. Les rues sont bondées. Décorées.
Je peux te laisser ? Tu vas te repérer ? Oui, la mer est là-bas. Ce sens de l’orientation inné même quand on me tournoie de tous les côtés.
Je déguste mes deux parfums glacés préférés. Café et menthe chocolatée. Quelques instantanés dans le boîtier d’une journée qui est devenue ensoleillée. Mais le vent ne tarde pourtant pas à se lever.
Le retrouver pour déjeuner sur sa petite terrasse encore plus près du ciel. Sous une brise légère. Le tonnerre qui s’éveille. Écrire ces mots en regardant les gouttes tomber. Sous une chaleur stagnante. Confortablement posée sur ce canapé.

À l’entrée de l’immeuble, se trouve l’appartement de cette adorable petite femme. Elle doit bien avoir 80 ans. Elle porte aujourd’hui une robe bleue avec des pois blancs. Ce bleu azur me fait sourire. On peut lire toute la vie de ce petit bout de femme dans son regard. Elle sourit avec les yeux et passe des heures, accoudée à sa fenêtre, à dire Buenos dias à tous les passants. Elle m’a déjà, à deux reprises, entourée la paume de ses mains pour me saluer. Cela me fait chaud au cœur. Tellement d’amour et de bienveillance dans un si petit geste.

Dans ce lieu qui nous est cher, je leur explique mes aventures ces dernières semaines. Les rencontres. Ce besoin viscéral de Partager. De Donner. D’Aimer. Mon cœur que je couche sur le papier. Ce cœur que j’expose sur les réseaux. Pourquoi ce besoin ? Elle me répond Tu as toujours extérioriser ce que tu ressens. Tu passes du rire aux larmes en un instant. C’est ta thérapie à toi.

Ma sensibilité. Mon moi. Pour toi. Juste toi. Toujours toi. Comme cette dédicace dans cette petite partie de moi publiée dès le lever du soleil demain matin.

Danser sous les étoiles. Planer sous un son électronique. Nuit blanche enivrée. Sortir aux petites heures, dès l’aube pour acheter cette carte postale. Espérer qu’elle sera créatrice d’un nouveau sourire. Comme celui que j’arbore en écrivant ses lignes.

Me perdre sous la chaleur. Réaliser que l’ailleurs n’est pas nécessaire actuellement. Être loin mais vouloir rester ancrée. Revenir aux sources. Se fixer quelques temps. Créer. Pour toujours en revenir au partage.

Les rejoindre dans mon village d’enfance. Cette partie de la ville où la plupart ne vont pas. Trop familial. Trop excentré. À l’autre bout du monde. Le temps d’un apéro. Revoir ces têtes tant aimées. Courir après le temps. Passer encore une de ces magnifiques soirées. Estivale. Légère. Familière. Profiter d’un bain de foule. D’un bain de soleil. Et terminer attablés dans ce tram réaffecté.

Attendre la naissance de son filleul avec impatience. Attendre la naissance de son livre avec impatience. Vivre des journées dans l’émotion. Dans l’excitation. Craquer littéralement devant ses petits pieds fripés. Craquer littéralement devant le Graal publié.

Profiter du ciel. De l’euphorie. De la musique qui résonne en moi. Danser. Chanter. S’enivrer. Regarder le ciel se couvrir et le soleil se coucher.

Il me dit tout bas Il parle en bien de toi.

Parler de mes écrits. Parler d’un livre. Tu l’écriras, j’en suis sur. Il finira par sortir de toi.

La voir sourire après tout ce temps. Le visage rayonnant. La mine radieuse. L’été lui va bien. Elle refleurit. Elle reprend vie.

Lui écrire. Continue à la croquer cette vie. C’est en tout cas chez toi, ce qui m’a séduit.

Humer l’air frais au petit matin. Se nourrir de smoothies, de fruits et d’eau fraiche. Vivre d’autres journées sous la chaleur. Et n’attendre l’automne que pour regarder des films à travers la lumière du projecteur.

L’été ne s’achèvera jamais. Cet été spontané. Fait d’opportunités qu’on saisit à deux mains. Les bras tendus vers l’infini.

Peut-on tomber amoureux d’un été ? Sachant qu’il est éphémère. Tout comme l’Amour. J’ai tout de même décidé de le qualifier de plus bel été.

  • 08/31/2015
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Caroline Weiler
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